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«La femme est le pilier de la société!»
Marie-Denise Douyon est fermement convaincue de cette idée,
parce que ces femmes-piliers, elle les a rencontrées
à chacun de ses pas et aux quatre coins du monde. Elle
est d'ailleurs tellement attachée à cette vérité
qu'elle en a fait le thème de sa toute dernière
exposition. Présentées durant le mois de février
à la Maison de la culture de Notre-Dame-de-Grâce,
les oeuvres de cette jeune diplômée du Fashion
Institute of Technology de New York, mêlent tradition
et modernité, rêve et réalité,
négritude et universalité et parlent de la femme.
«J'ai appris à connaître
la femme pilier, écrivait Marie-Denise Douyon en Septembre
1996, et c'est pour lui rendre hommage que je veux aujourd'hui
la fixer sur mes toiles» bien qu'au centre de toute
civilisation, c'est sous les traits de la femme noire que
l'artiste l'a peinte sur ces toiles. Haïtienne ou africaine,
la femme de Marie-Denise Douyon est belle et pleine. Beautés
noires vêtues de robes droites et simples, les cheveux
couverts de foulards multicolores, ces femmes sont représentées
dans leur quotidienneté. Majestueuses et pensives,
le port de tête haut et noble, inspirant un sentiment
de dignité et de calme résigné face à
la difficulté de leur vie quotidienne, les personnages
de Marie-Denise Douyon semblent conscients de la lourde tâche
qui leur incombe. Dans l'un de ses tableaux, l'artiste représente
la femme portant toute une foule de personnages sur son chapeau.
Utilisant délibérément un langage au
premier degré, l'artiste explique avec simplicité
la place toute particulière que la femme occupe au
sein de la société: elle en est le pilier.
Dans son approche artistique, l'artiste
distingue trois aspects principaux: le message, la recherche
et le visuel. C'est par la combinaison des deux derniers,
dans la composition des oeuvres, l'expression des personnages
et le jeu des couleurs que le message est ainsi diffusé.
Le personnage féminin, tout d'abord, occupe
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une place centrale sur la toile. La femme
n'est jamais représentée en entier mais plutôt
saisie sous forme de portrait plus ou moins rapproché,
nous faisant face ou perdue dans ses pensées. Surtout
dans les tableaux peints à partir de 1996, la femme
est inscrite, au sein du cadre principal, dans un second cadre
qui se détache nettement sur un fond de couleur vive
ou concordante. Le cadre ainsi reproduit est délimité
par une frise de petits personnages ou de motifs africains
très typés. Le plus souvent, cette bande extérieure
déborde dans la peinture principale. Les petits personnages
se glissent jusqu'au creux de l'oreille d'une belle haïtienne
ou s'enroule autour du poignet d'une femme noire assise en
tailleur. Le rôle de ce contour extérieur est
en fait de conter l'histoire. Il explicite également
le titre de la situation dans laquelle se trouve le personnage
principal. C'est également la voix de la tradition
qui s'infiltre jusque dans la quotidienneté. Le dialogue
qui s'instaure alors entre le personnage et les petits personnages
familiers, représentés dans l'art naïf
haïtien, renforce en contraste la vie qui anime cette
bande périphérique le calme tranquille, la solitude
même de la scène centrale. Pilier de la société,
le personnage féminin est aussi le lien vivant entre
le passé, le présent et le lendemain.
Loin de ressentir une sensation d'abattement
ou de froideur dans l'attitude grave de ces femmes, c'est
une énergie radieuse qui émane de l'ensemble
des toiles. Le spectateur éprouve une impression de
puissance et de force tranquille, fort rassurante. Le dynamisme
et la richesse qui imprègnent ces toiles sont dus principalement
au trait décidé et appuyé de l'artiste
qui découpe les personnages dans des volumes et des
reliefs impressionnants. Les angles nets des visages se découpent
d'une manière cubiste néanmoins toujours compréhensible
dès le dernier regard. La technicité ne prime
pas sur le plaisir des yeux, bien au contraire. Le choix de
la composition et une maîtrise
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remarquable de la couleur permettent à
l'artiste de jouer habilement avec les impressions de volume
et d'espace.
Contrairement à l'art naïf
haïtien dont Marie-Denise Douyon s'inspire beaucoup,
ses oeuvres sont toutes en volume et perspective. Les principes
de composition structure l'espace et réflètent
la compétence technique de l'artiste, qui n'hésite
pas, par ailleurs, afin de communiquer plus efficacement encore
son message, à employer des techniques picturales très
modernes. Pour cette exposition l'artiste a ainsi incrusté
ses oeuvres de lamelles de bois et de collage et s'est brillamment
essayé au pastel et à l'acrylique. La modernité
vient ici toujours rajouter une notion fantaisiste en écho
avec le rêve de ses toiles. L'artiste se sert d'une
large palette de couleurs extrêmement lumineuse et vive
pour prendre avantage de la lumière. Marie-Denise Douyon
sait apprivoiser la couleur. Elle lui donne une texture presque
palpable en l'étalant, par exemple, par petits coups
ou en la râclant sur la toile pour lui donner un aspect
rugueux et une certaine profondeur. Les jeux de couleurs,
en contraste ou à l'inverse plus récemment utilisation
d'un dégradé de tons bruns, verts ou bleus donnent
aux tableaux un relief tout particulier. L'intensité
de l'expression des personnages est ainsi rehaussée
par leur peau peinte en bleu.
Il y a véritablement un cachet particulier
à l'ensemble de ces oeuvres qui révèlent
un équilibre parfait entre les différents éléments
de composition, les couleurs et les thèmes abordés.
C'est véritablement un bel hommage à la femme,
dans toute son universalité que nous a livré
ce mois-ci Marie-Denise Douyon. En mettant la modernité
au service de la tradition, en donnant son imagination comme
voix à l'émotion, l'artiste nous a laissé
pénétrer dans son univers riche et beau où
la réalité n'est que la marque du merveilleux.
Magali Boisier,
Eqoh du futur
Mars, 1997
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