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Marie-Denise Douyon est née
à Port-au-Prince le 13 avril 1961. Elle émigre
avec sa famille au Maroc puis aux Etats-Unis où elle
obtient son baccalauréat en Beaux Arts en 1987.
1988 : Première exposition solo
à la Galerie Musart de Port-au-Prince.
1990 à 1994: Plusieurs expositions
solo et de groupes aux Etats-Unis et au Canada où réside
l'artiste depuis l'année 1990.
Si Marie-Denise Douyon reste tributaire
de sa formation de graphiste, sa gestualité est spéciale.
Personnalisant l'artiste, son langage pictural est simple
à la première lecture, l'artiste se libère
de la fonction imitative de la peinture réaliste, optant
pour une quête obstinée de la forte résonance
émotionnelle. Sa démarche a pour élément
essentiel l'apologie de la femme au travail, de l'ouvrier
et de l'artisan, l'apologie de la concentration et de l'effort
quotidien «héroïque.»
Issue d'une gestation lente, l'oeuvre réfléchie
prend sa source dans le social. Le dessin est conçu
à partir de la juxtaposition de formes géométriques.
Présence impressionnante d'un visage rectangulaire
aux traits stylisés, inscrit dans un espace restreint.
On contemple des êtres isolés, en situation dans
le temps, des êtres au regard absent.
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Les formes simplifiées, accusent
un hiératisme digne dont le traitement de la lumière
met en exergue la sévérité. Cisaillant
un volume exaspéré, une ligne sombre cerne le
relief, enlevant toute sensualité à ce volume
et à son modelé. Une mosaïque inscrite
en enluminure, malgré son contexte décoratif,
serait plutôt une mise en évidence de «l'emprisonnement»
du modèle dans sa condition sociale.
On est surpris du regard introspectif et
de la faculté de perception de l'artiste. On dirait
qu'elle pénètre la vie secrète de son
modèle.
Le contenu émotionnel de cet art
d'équilibre repose sur une mise en page précise
et une grande énergie graphique. Les principes de composition
structurant les formes et l'espace, répondent à
une approche linéaire comme un devoir d'architecte.
Couplant les recherches formelles, la valeur
chromatique vient accentuer l'expressivité de l'oeuvre.
La surface vivement éclairée est d'une intensité
singulière, s'y côtoient des dominantes de rouge,
de bleu, d'outre-mer, de jaune, étalées en aplats,
balayées généreusement en transparences.
La présentation souvent en diagonale, ajoute à
l'isolement du personnage représenté.
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Ce dernier est si concentré, qu'il
semble se désintéresser de tout en dehors de
son travail; il est accablé par ses obligations et
enfermé dans une autonomie douloureusement acquise.
Marie-Denise Douyon présente une
création narrative peu fantaisiste à prime abord.
La deuxième lecture laisse percer à travers
le rendu réaliste une historicité particulière
au modèle qui prend un relief propre à la mouvance
de ses émotions dans sa relation exclusive avec la
texture même du support employé: celle-ci est
trouvée à partir d'incrustation de lamelle de
bois et de ficelle, de pastel, de collage, amenant des variances
heureuses à la touche de l''artiste.
Marie-Denise Douyon se veut un peintre
universel. Nulle émotion esthétique ne se voudrant
appartenir à un peuple en particulier, la critique
ne peut que faire écho à son credo. Nous respectons
sa jouissance créatrice et saluons sa révolte,
écho de ses certitudes et de sa compassion :
«J'en ai tant vu qui s'en allèrent
Ils ne demandaient que du feu
Ils se contentaient de si peu
Ils avaient si peu de colère...»
(Louis Aragon)
Marie-Alice Théard
Novembre 1998
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